Guides pratiques
Sell-through et open-to-buy : mesurer ce que vos revendeurs vendent vraiment
Une campagne record ne garantit pas la saison suivante : tout dépend du sell-through, la part des pièces que les boutiques revendent réellement. Avec la couverture de stock et l’open-to-buy, il permet de proposer un réassort au bon moment et de calibrer chaque rendez-vous. Formules et exemples chiffrés.
7 min de lecture ·
L’essentiel
- Le sell-in mesure ce que la marque vend aux boutiques ; le sell-through, ce que les boutiques ont réellement revendu.
- Un bon sell-in suivi d’un mauvais sell-through annonce des réassorts absents et une saison suivante plus difficile.
- L’open-to-buy est le budget d’achat qu’il reste à l’acheteur : le connaître permet de calibrer la proposition avant le rendez-vous.
- Ces indicateurs ne servent qu’à condition d’être partagés avec les revendeurs et relus avant chaque campagne.
Une marque peut afficher une campagne record et perdre la moitié de ses boutiques la saison suivante. Imaginons le cas : les commandes étaient là, les livraisons sont parties à temps, mais les pièces sont restées en rayon. La boutique solde, garde un mauvais souvenir de la collection et réduit son budget au rendez-vous suivant.
Vendre aux revendeurs ne suffit pas : les produits doivent sortir des boutiques. Trois indicateurs permettent de le suivre et de piloter un réseau de revendeurs.
Sell-in, sell-out, sell-through : trois mesures complémentaires
Le sell-in se lit dans les commandes de la marque. Le sell-out se lit dans les caisses des boutiques. Le sell-through, aussi appelé taux d’écoulement, relie les deux : il dit quelle part de ce que la boutique a reçu a trouvé preneur.
| Indicateur | Ce qu’il mesure | Formule |
|---|---|---|
| Sell-in | Ce que la marque vend à ses revendeurs | Somme des commandes livrées, en pièces ou en valeur |
| Sell-out | Ce que les revendeurs vendent au consommateur | Ventes en boutique sur la période |
| Sell-through | La part du stock reçu qui a été vendue | Pièces vendues ÷ pièces reçues × 100 |
| Couverture de stock | Le nombre de semaines que le stock peut tenir | Stock restant ÷ ventes moyennes par semaine |
| Open-to-buy | Le budget d’achat encore disponible | Ventes prévues + démarques prévues + stock de fin prévu − stock de début |
Ces termes sont repris, avec les autres notions du métier, dans notre glossaire du wholesale.
Comment calculer le sell-through d’un modèle ?
Le sell-through se calcule par référence, par catégorie ou pour toute la collection, sur une période donnée. On retient souvent les premières semaines après livraison, à prix plein.
Exemple : une boutique reçoit 40 pièces d’un modèle et en vend 26 à prix plein en huit semaines. Son sell-through est de 26 ÷ 40 = 65 %.
Les méthodes varient d’une enseigne à l’autre. Certaines calculent le sell-through en valeur plutôt qu’en pièces, d’autres rapportent les ventes au stock disponible plutôt qu’aux seules réceptions. Avant de comparer deux chiffres, vérifiez qu’ils sont calculés de la même façon.
Un taux de sell-through se lit par comparaison
Le chiffre seul dit peu de chose : c’est la comparaison qui parle. Comparez les modèles entre eux, les boutiques entre elles, et une saison à la précédente.
Un modèle à 80 % en six semaines, soit 32 pièces vendues sur 40 dans notre boutique, appelle un réassort. Un modèle à 20 % au même moment, soit 8 pièces sur 40, annonce une démarque, et souvent une boutique qui commandera moins à la saison suivante.
La couverture de stock dit quand proposer le réassort
Reprenons l’exemple : il reste 14 pièces en boutique, et le modèle s’est vendu en moyenne à 3,25 pièces par semaine (26 pièces en huit semaines). La couverture est de 14 ÷ 3,25, soit un peu plus de quatre semaines (4,3 semaines).
Si la prochaine livraison est prévue dans huit semaines, le rayon sera vide avant. C’est le moment de proposer un réassort en cours de saison.
L’open-to-buy : calculer le budget d’achat de votre acheteur
L’open-to-buy (OTB) est le montant qu’un acheteur peut encore engager sur une période. La formule usuelle en distribution : ventes prévues + démarques prévues + stock de fin de période visé − stock de début de période. La logique est simple : la boutique doit acheter de quoi vendre, de quoi absorber ses démarques et de quoi finir la saison avec le stock voulu, moins ce qu’elle a déjà en réserve.
- Exemple, en valeur de vente HT : une boutique prévoit 30 000 € de ventes sur la saison, 3 000 € de démarques et veut finir avec 12 000 € de stock ; elle en a 15 000 € en début de saison.
- Son budget d’achat est de 30 000 + 3 000 + 12 000 − 15 000 = 30 000 €, exprimé en valeur de vente HT.
- Pour le traduire en prix de gros, divisez par le coefficient HT de la boutique : avec un coefficient HT de 2, cela représente 15 000 € d’achats au prix de gros, toutes marques confondues.
- Déduisez enfin ce qui est déjà commandé ailleurs : c’est la part restante qui se dispute en rendez-vous.
Connaître, même approximativement, le budget d’un acheteur change la préparation d’un rendez-vous. La proposition est calibrée, la sélection réaliste, et la discussion porte sur le choix des modèles plutôt que sur le montant. Sur le lien entre coefficient et prix de gros, voir comment calculer son prix de gros.
Comment obtenir le sell-out des boutiques indépendantes
Le sell-in est dans vos commandes ; le sell-out, lui, est chez vos revendeurs. Les grandes enseignes transmettent souvent des rapports de ventes, les boutiques indépendantes rarement de façon spontanée. Quelques habitudes suffisent pourtant à obtenir l’essentiel :
- Demander les ventes et le stock restant à chaque point d’étape : quatre semaines après livraison, puis à mi-saison.
- Poser deux questions simples en rendez-vous : qu’est-ce qui est parti en premier, qu’est-ce qui reste ?
- Suivre les réassorts : un client qui recommande un modèle vous donne une information de sell-through précieuse.
- Partager en retour ce que vous voyez sur l’ensemble du réseau : les meilleures ventes, les associations qui fonctionnent.
Ce que le sell-through change pour la marque
- Des réassorts proposés au bon moment, avant la rupture, plutôt qu’à la demande quand il est trop tard.
- Des rendez-vous préparés avec l’historique du client et son budget, au salon comme en showroom.
- Des choix de collection éclairés : les modèles qui se vendent en boutique, pas seulement ceux qui se commandent.
- Une vigilance sur les clients en difficulté : un sell-through faible précède souvent des retards de paiement, que des conditions d’acompte et de délais de paiement bien fixées aident à contenir.
Une méthode, deux dates de mesure
Fixez d’abord une méthode de calcul unique, en pièces, sur les réceptions, à prix plein, et deux dates de mesure : quatre semaines après livraison, puis à mi-saison. Demandez ces chiffres à vos principales boutiques à ces deux dates, et calculez pour chaque modèle le sell-through et la couverture de stock. Proposez les réassorts là où la couverture tombe sous le délai de livraison. Avant la campagne suivante, estimez l’open-to-buy de chaque client et préparez une sélection qui tient dans ce budget.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un bon taux de sell-through ?
Il n’existe pas de seuil universel : il dépend de la catégorie, de la période mesurée et du positionnement prix. Comparez plutôt vos modèles entre eux, vos boutiques entre elles et une saison à la précédente.
Quelle est la différence entre sell-in et sell-through ?
Le sell-in mesure ce que la marque vend aux boutiques. Le sell-through mesure la part de ces produits que les boutiques ont revendue au consommateur.
Comment calculer un sell-through ?
Divisez le nombre de pièces vendues par le nombre de pièces reçues, puis multipliez par 100. Précisez toujours la période mesurée et la méthode, en pièces ou en valeur, sur les réceptions ou sur le stock disponible, pour que les chiffres restent comparables.
Comment calculer un open-to-buy ?
Ventes prévues + démarques prévues + stock de fin de période visé − stock de début de période. Le résultat est le budget d’achat disponible, à répartir entre les marques.
Comment obtenir le sell-out de boutiques indépendantes ?
En le demandant à des moments fixes, quelques semaines après livraison puis à mi-saison. Posez aussi des questions simples en rendez-vous, et partagez en retour ce que vous voyez sur l’ensemble du réseau.
Sources
- From margins to sell-through: Important figures used in the fashion industry — FashionUnited
- Des marges au chiffre d’affaires : les chiffres utilisés dans l’industrie de la mode — FashionUnited France
- Inside the industry: How do fashion retailers make choices based on numbers (data)? — FashionUnited Education