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Acompte et délais de paiement en wholesale : la méthode pour financer sa saison

Acompte ou arrhes, 60 jours ou 45 jours fin de mois, pénalités et indemnité de 40 € : les délais de paiement en wholesale obéissent à des règles du Code de commerce, que bien des marques connaissent mal. Il faut séparer ce que la loi impose de ce que la marque décide, puis l’écrire là où signe le client.

11 min de lecture ·

L’essentiel

  • L’acompte engage les deux parties ; les arrhes permettent à chacune de se dédire. Le mot écrit sur le bon de commande change donc la portée du versement.
  • En France, le délai de paiement convenu entre professionnels ne peut dépasser 60 jours après l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément.
  • Tout retard ouvre droit à des pénalités et à une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement, à condition de les avoir écrites.
  • Première commande, client historique, export : des conditions différenciées protègent la trésorerie sans freiner la relation.
  • Une relance qui part à l’échéance, et non trois semaines après, reste le moyen le plus simple d’être payé à temps.

Une collection se dessine, se produit et se paie bien avant que la boutique ne la vende. Entre la commande prise en salon et l’encaissement du solde, une marque avance souvent plusieurs mois de matières, de façonnage et de transport. Les conditions de paiement décident donc si la saison se finance, et leur place au bas des conditions générales de vente ne dit rien de leur poids réel. Pour les construire, il faut séparer deux choses : ce que fixe la loi française, qui s’impose à tous, et ce qui relève de votre politique commerciale, que vous pouvez ajuster client par client.

Sans les retards, les PME disposeraient de 13 milliards d’euros de trésorerie en plus

Les retards font partie du paysage. Selon le rapport 2025 de l’Observatoire des délais de paiement, publié par la Banque de France en septembre 2026, le retard moyen de paiement des entreprises françaises atteignait 13,4 jours fin 2025, légèrement au-dessus de la moyenne européenne. Le même rapport estime que, sans ces retards, les PME et microentreprises auraient disposé de 13 milliards d’euros de trésorerie supplémentaire.

La taille du client ne garantit rien. Selon ce même rapport, moins d’une grande entreprise sur deux règle ses fournisseurs dans le délai légal de 60 jours. Une marque qui vend à la fois à des boutiques indépendantes et à des grands magasins doit donc penser ses conditions de paiement client par client, et ne pas se contenter d’une clause générale envoyée une fois par an.

Acompte ou arrhes : quelle différence pour une marque ?

Les deux mots désignent une somme versée à la commande, mais leurs effets juridiques s’opposent. En droit français, les arrhes sont un moyen de se dédire : selon l’article 1590 du Code civil, celui qui les a versées peut renoncer à la vente en les perdant, et celui qui les a reçues peut y renoncer en restituant le double. L’acompte est un premier paiement sur une vente ferme : il ne donne à personne la faculté de se retirer.

Prenons une boutique qui verse 3 000 € à la commande puis se ravise avant la livraison. Si le bon parle d’arrhes, elle perd ces 3 000 € et s’en va, alors que la marque a peut-être déjà lancé la production de ses pièces. Si le bon parle d’acompte, la boutique reste tenue de payer l’intégralité de la commande.

Acompte et arrhes en droit français
CritèreAcompteArrhes
Nature de l’engagementVente fermeVente avec faculté de dédit
Si l’acheteur renonceIl reste tenu de payer la commandeIl perd les sommes versées
Si la marque renonceElle reste tenue de livrerElle restitue le double
Usage en wholesaleLe plus courant, à écrire en toutes lettresÀ éviter quand la production dépend des commandes

Écrivez donc « acompte » sur le bon de commande, dans les conditions générales de vente et sur la facture, en précisant son pourcentage et la date à laquelle il est exigible.

Délais de paiement en wholesale : ce que fixe le Code de commerce

Le Code de commerce encadre les délais de paiement entre entreprises, et ces règles sont d’ordre public : un contrat ne peut pas les allonger. L’article L441-10 pose quatre repères :

Le taux des pénalités se fixe dans vos conditions générales. À défaut, c’est le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, et il ne peut être inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal. La DGCCRF contrôle le respect de ces délais : l’amende administrative peut atteindre 2 millions d’euros pour une personne morale.

Certains secteurs relèvent de délais particuliers et les textes évoluent. Avant de rédiger ou de réviser vos conditions, vérifiez la version en vigueur sur Légifrance ou auprès de la DGCCRF.

Construire un échéancier : acompte, solde, échéance

La plupart des marques combinent un acompte à la commande et un solde payé à la livraison ou à échéance. L’acompte finance une partie des achats de matières et engage le client ; le solde suit l’expédition. Le pourcentage se décide comme un minimum de commande : à partir de vos coûts réels, et non d’un usage entendu chez un confrère. Un exemple chiffré :

Entre la signature en salon et le 14 mai, la marque aura souvent payé ses fournisseurs de tissu et son atelier : l’acompte doit combler cet écart. Et si ce client paie avec le retard moyen relevé par la Banque de France, 13,4 jours, les 7 000 € n’arrivent que vers la fin mai. Le calendrier se prépare dès le salon, où la plupart des commandes se signent : la méthode est détaillée dans notre guide pour préparer un salon professionnel et sa prise de commande.

L’escompte pour paiement anticipé : un coût à mesurer

L’escompte est une réduction accordée au client qui paie avant l’échéance, par exemple 2 % pour un règlement sous dix jours. Sur un solde de 7 000 € HT, il représente 140 €. Il accélère les encaissements, mais il a un prix qu’il faut comparer à celui d’un financement à court terme.

Le calcul est simple. Si le client paie à 10 jours au lieu de 60, la marque rémunère 50 jours d’avance à 2 %, soit environ 14,6 % rapporté à une année (2 % × 365 ÷ 50). Un découvert ou une ligne de trésorerie peut coûter moins cher.

En France, la facture doit mentionner les conditions d’escompte applicables (article L441-9 du Code de commerce). Beaucoup de marques indiquent simplement « pas d’escompte pour paiement anticipé ».

Écrire les conditions là où le client s’engage

Des conditions de paiement qui ne figurent que dans un document envoyé une fois par an ne protègent personne. Elles doivent apparaître sur le bon de commande que le client valide, avec cinq éléments :

La signature électronique du bon de commande rattache ces conditions à l’accord du client, ce qui simplifie toute relance ultérieure.

Quelles conditions de paiement selon le profil du client ?

Une même règle pour tous est simple, mais rarement juste. Si vous vendez par des agents commerciaux, donnez-leur la grille par écrit : ce sont eux qui annoncent les conditions en rendez-vous, et un agent qui improvise un délai engage la marque.

Sécuriser un paiement à l’export

Au sein de l’Union européenne, la directive 2011/7/UE pose aussi un délai de principe de 60 jours entre entreprises, sauf accord exprès qui ne soit pas manifestement abusif, et une indemnité minimale de 40 € pour frais de recouvrement (voir les règles européennes et américaines du wholesale). La Commission européenne a proposé en septembre 2023 de la remplacer par un règlement plus strict ; le Parlement européen a adopté sa position en avril 2024, mais les États membres ne se sont pas accordés au Conseil. En octobre 2026, ce projet reste en suspens et la directive demeure le texte applicable. Hors de l’Union, ou face à un client inconnu, trois outils complètent l’acompte.

Sécuriser un paiement à l’export
OutilPrincipeÀ savoir
Paiement d’avanceLe client règle tout ou partie avant l’expéditionLe plus sûr pour la marque, mais moins attractif pour l’acheteur
Crédit documentaireLa banque du client s’engage à payer contre remise de documents conformesFormel et payant, réservé aux montants qui le justifient
Assurance-créditUn assureur couvre tout ou partie du risque d’impayéPrime à payer, limites de crédit fixées client par client

Relancer un retard de paiement sans abîmer la relation

La relance fonctionne quand elle suit un rythme connu à l’avance, que le client finit par anticiper. Quatre étapes suffisent :

  1. Un rappel courtois quelques jours avant l’échéance, facture jointe.
  2. Une relance le lendemain de l’échéance, qui rappelle le montant et la date.
  3. Un appel du vendeur ou de l’agent qui suit le client, puis une relance écrite mentionnant les pénalités et l’indemnité prévues.
  4. En dernier recours, une mise en demeure et le gel des nouvelles expéditions tant que le solde n’est pas réglé.

Les cinq erreurs qui retardent l’encaissement

  1. Parler d’arrhes quand on veut un acompte, et ouvrir ainsi une porte de sortie au client.
  2. Oublier d’écrire le taux des pénalités et l’indemnité de 40 € dans les conditions générales et sur les factures.
  3. Accorder oralement des délais que personne ne retrouve ensuite.
  4. Expédier un réassort à un client qui n’a pas réglé la saison précédente.
  5. Relancer trop tard, quand le retard est déjà installé.

Avant la prochaine campagne, dans cet ordre

Relisez d’abord vos conditions générales, vos bons de commande et vos factures : le mot « acompte », le taux des pénalités et l’indemnité de 40 € doivent figurer sur les trois. Fixez ensuite votre grille par profil de client (première commande, client historique, retardataire, export) et remettez-la par écrit à vos agents avant le salon. Calez enfin le calendrier de relance sur les échéances, pour que le premier rappel parte avant la date et non après. Les termes employés ici sont repris dans notre glossaire du wholesale.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un acompte et des arrhes ?

L’acompte est un premier paiement sur une vente ferme : ni l’acheteur ni la marque ne peuvent se retirer. Les arrhes, prévues à l’article 1590 du Code civil, permettent à chacun de se dédire. L’acheteur renonce en les perdant, la marque en restituant le double.

Quel est le délai de paiement maximal entre professionnels en France ?

Selon l’article L441-10 du Code de commerce, le délai convenu ne peut dépasser 60 jours à compter de l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si le contrat le prévoit expressément. À défaut d’accord, il est de 30 jours après la réception des marchandises. Ces règles sont d’ordre public : un contrat ne peut pas les allonger.

Que peut réclamer une marque en cas de retard de paiement ?

Elle peut réclamer des pénalités de retard, exigibles sans rappel, au taux prévu par ses conditions générales, et une indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement (article D441-5 du Code de commerce). Ces éléments doivent figurer dans les conditions générales et sur la facture.

Quel taux de pénalités de retard appliquer ?

Le taux se fixe dans les conditions générales de vente. À défaut, c’est le taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, et il ne peut être inférieur à trois fois le taux d’intérêt légal.

Quel acompte demander pour une première commande ?

Il n’existe pas de taux légal : c’est une décision commerciale. Beaucoup de marques demandent un acompte plus élevé à un nouveau client, voire un paiement intégral avant expédition. Elles l’allègent ensuite, quand le client a montré qu’il paie à l’heure.

Sources

  1. Article L441-10 - Code de commerce - Légifrance — Légifrance
  2. Article D441-5 - Code de commerce - Légifrance — Légifrance
  3. Délais de paiement : les règles à connaître — DGCCRF – economie.gouv.fr
  4. Le rapport annuel 2025 de l’Observatoire des délais de paiement : des résultats contrastés selon les acteurs — Banque de France
  5. Procedure 2023/0323/COD COM (2023) 533 — EUR-Lex

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