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Contrat d’agent commercial en wholesale : territoire, indemnité et commissions sans mauvaise surprise

Un agent commercial couvre une région ou un pays sans que la marque recrute de vendeurs salariés. Mais le contrat d’agent commercial engage loin : préavis légal, indemnité de fin de contrat, commissions dues sur des commandes que l’agent n’a pas prises. Statut, clauses et calcul des commissions : ce qu’il faut régler avant la prochaine saison.

11 min de lecture ·

L’essentiel

  • Un agent commercial vend au nom et pour le compte de la marque : c’est elle qui facture, fixe les prix et porte le risque d’impayé. Un distributeur, lui, achète la marchandise pour la revendre.
  • En France, l’agent commercial est un mandataire indépendant (art. L134-1 du Code de commerce) qui a droit, sauf exceptions, à une indemnité en fin de contrat (art. L134-12).
  • Le territoire, l’exclusivité et les clients que la marque se réserve doivent être écrits noir sur blanc : c’est la première source de litige.
  • Le taux de commission compte moins que son assiette et son fait générateur : commande signée, commande livrée et facture encaissée ne donnent pas le même montant.
  • Un agent bien informé vend mieux : commandes, livraisons, annulations et commissions se partagent en continu, et pas seulement en fin de saison.

Une boutique commande directement sur le portail B2B d’une marque, sans que personne ne l’ait démarchée. Trois mois plus tard, l’agent qui couvre sa région réclame sa commission. Si le contrat ne prévoit rien d’autre, le droit français peut lui donner raison. Cette situation hypothétique montre ce qu’engage la relation avec un intermédiaire : la rédaction du contrat pèse autant que le talent commercial de l’agent.

Le terrain est vaste : selon une étude Xerfi pour l’Alliance du Commerce publiée en 2025, le commerce du prêt-à-porter représente en France 92 milliards d’euros d’activité et 284 000 emplois directs, indirects ou induits. Y placer des vendeurs salariés partout coûte cher et prend du temps. Agents, distributeurs et showrooms multimarques apportent un réseau implanté, des acheteurs connus et une rémunération liée aux ventes. Reste à choisir le modèle, écrire le contrat et organiser le suivi.

Agent commercial, distributeur ou showroom multimarque : qui achète, qui facture, qui porte le risque ?

Vus de l’acheteur, les trois intermédiaires se ressemblent. La différence tient à la propriété de la marchandise, qui commande la facturation, le prix et le risque.

Trois façons de vendre par un intermédiaire
CritèreAgent commercialDistributeur ou importateurShowroom multimarque
Qui achète la marchandise ?Personne : le client commande directement à la marqueLe distributeur, qui la revend en son nomEn général personne : le showroom présente la collection pour le compte de la marque
Qui facture le client ?La marqueLe distributeurLe plus souvent la marque
Qui fixe le prix au revendeur ?La marqueLe distributeur, librementLa marque
Risque d’impayéPorté par la marquePorté par le distributeurPorté par la marque
RémunérationCommission sur les ventesMarge entre son prix d’achat et son prix de reventeCommission, parfois complétée d’une participation aux frais du showroom

Avec un agent, la marque garde la main sur ses prix, mais l’impayé reste sa perte ; avec un distributeur, le risque change de camp. Beaucoup de showrooms multimarques travaillent en pratique comme des agents : lisez leur contrat avant de les traiter autrement.

À l’étranger, le choix dépend aussi de la maturité du marché, de la langue et de la logistique. Ces critères sont détaillés dans notre guide pour vendre en wholesale à l’export.

Quel est le statut de l’agent commercial en droit français ?

Le Code de commerce définit l’agent commercial comme un mandataire indépendant, chargé de façon permanente de négocier et, éventuellement, de conclure des contrats au nom et pour le compte d’entreprises (art. L134-1). À la différence du VRP, il n’est pas salarié. Avant de commencer son activité, il doit s’immatriculer au registre spécial des agents commerciaux, tenu par le greffe (art. R134-6). Depuis 2023, cette formalité se fait en ligne sur le guichet unique des formalités d’entreprises, opéré par l’INPI, et l’agent figure aussi au registre national des entreprises.

Dans l’Union européenne, la directive 86/653/CEE a harmonisé ce statut, et chaque État membre l’a transposée avec ses propres nuances. Hors de l’UE, ce sont les règles locales qui s’appliquent : elles méritent un avis juridique sur place avant toute signature.

Écrit, préavis, indemnité : les quatre règles qui encadrent la relation

Indemnité de fin de contrat : une dépense à prévoir dès la signature

Concrètement, une marque qui se sépare d’un agent après plusieurs saisons doit l’avoir prévu dans son budget. La rédaction ne permet pas d’y échapper : une clause qui priverait d’avance l’agent de cette indemnité n’est pas valable.

Le régime change d’un pays à l’autre. La directive laissait aux États le choix entre deux systèmes. L’Allemagne (§ 89b HGB) et l’Italie (art. 1751 du Code civil italien) plafonnent l’indemnité à une année de commissions, calculée sur la moyenne des cinq dernières années, quand le droit français ne fixe aucun plafond. Pour une marque française qui recrute un agent à Milan ou à Munich, le droit applicable au contrat change donc le montant maximal à provisionner.

Les clauses à écrire noir sur blanc dans le contrat d’agent commercial

Six points méritent une rédaction précise :

L’assiette est le montant sur lequel s’applique le taux, le fait générateur le moment où la commission devient due (les autres termes sont définis dans notre glossaire du wholesale).

Exclusivité territoriale : l’agent touche aussi les commandes passées sans lui

Un point surprend souvent les marques. En droit français, l’agent chargé d’un secteur géographique ou d’un groupe de clients a droit, à défaut de clause contraire, à la commission sur toute opération conclue pendant le contrat avec un client de ce secteur, même si la commande arrive directement à la marque (art. L134-6).

Une commande passée sur votre portail B2B ou lors d’un salon par une boutique de son territoire peut donc lui être due. Si vous voulez garder certains clients en direct, écrivez-le. Décrivez aussi le territoire assez précisément pour qu’aucune boutique ne tombe entre deux agents, par exemple en combinant zone géographique et type de point de vente.

Comment calculer la commission d’un agent commercial ?

Il n’existe pas de taux universel. Il dépend de la catégorie de produits, du territoire, de la notoriété de la marque et de ce que l’agent prend à sa charge : showroom, salons professionnels, déplacements. Négociez-le en connaissant votre marge, qui découle de votre prix de gros.

Surtout, précisez sur quel montant le taux s’applique et à quel moment la commission est due. En droit français, la commission est acquise au plus tard lorsque le client a exécuté sa part de l’opération ou aurait dû l’exécuter (art. L134-9).

Exemple chiffré : une commande de 12 000 € HT, trois montants possibles

Exemple : une commande de 12 000 € HT, avec une commission supposée de 10 %
ÉtapeMontant HTCommission à 10 %
Commande signée, après une remise de 5 %11 400 €1 140 €
Lignes annulées par l’usine−600 €−60 €
Commande livrée10 800 €1 080 €
Encaissé à ce jour (60 % de la facture)6 480 €648 €

Selon que le contrat retient la commande, la livraison ou l’encaissement, l’agent attend donc 1 140 €, 1 080 € ou 648 € à cette date ; les 432 € restants suivront le paiement du solde. Entre l’assiette la plus large et la plus étroite, l’écart atteint 492 € au même moment. La remise de 5 % a déjà retiré 60 € à l’agent, par rapport aux 1 200 € qu’aurait donnés le prix catalogue : si l’assiette se calcule « après remises », il faut l’écrire.

La commission sur encaissé aligne l’agent sur la solidité de ses clients, à condition que vos conditions de paiement et vos relances soient claires. Le sujet n’a rien de théorique : selon la Fédération nationale de l’habillement, plus des deux tiers des commerçants indépendants du prêt-à-porter ont vu leur chiffre d’affaires baisser en mars 2025 par rapport à mars 2024. Le taux de 10 % reste une hypothèse de calcul, et en aucun cas une référence de marché.

Reporting partagé : ce que l’agent doit voir, et ce qu’il ne doit pas voir

Un agent qui découvre une annulation au moment de toucher sa commission perd confiance. Une marque qui ignore ce que son agent a présenté pilote à l’aveugle. Le partage d’information relève donc du contrat autant que de l’outil, et le droit français impose d’ailleurs au mandant de remettre à l’agent un relevé des commissions dues (art. R134-3).

Un agent qui connaît les ventes de ses boutiques prépare aussi mieux la saison suivante : voir notre guide du sell-through et de l’open-to-buy.

Cinq erreurs fréquentes avec un agent commercial

  1. Confier un territoire flou, puis arbitrer au cas par cas les boutiques revendiquées par deux agents.
  2. Oublier les commandes directes et en ligne dans le calcul des commissions.
  3. Ne pas écrire le fait générateur, et découvrir le désaccord à la première annulation.
  4. Signer avec un agent étranger sans vérifier le droit applicable dans son pays.
  5. Ne pas provisionner l’indemnité de fin de contrat.

Avant de signer avec un agent

Choisissez d’abord le modèle selon le risque d’impayé que vous acceptez de porter. Dessinez ensuite le territoire et la liste nominative de vos comptes réservés, avant de parler du taux. Écrivez l’assiette et le fait générateur, puis budgétez l’indemnité de fin de contrat. Hors de France, faites vérifier le droit applicable. Ouvrez enfin le reporting partagé dès la première commande.

Questions fréquentes

Quelle différence entre un agent commercial et un VRP ?

Le VRP est un salarié de la marque, soumis au droit du travail. L’agent commercial est un mandataire indépendant, immatriculé au registre spécial des agents commerciaux. Il organise librement son activité et représente souvent plusieurs marques.

Un agent a-t-il droit à une commission sur les commandes passées en ligne ?

En France, un agent chargé d’un secteur ou d’un groupe de clients a droit, sauf clause contraire, à la commission sur les opérations conclues avec ces clients pendant le contrat, même sans son intervention (art. L134-6). Les clients que la marque se réserve doivent figurer dans le contrat.

Peut-on écarter l’indemnité de fin de contrat par une clause ?

Non. Une clause qui priverait d’avance l’agent de l’indemnité prévue par l’article L134-12 du Code de commerce n’est pas valable. L’indemnité n’est pas due dans des cas limités, comme la faute grave de l’agent (art. L134-13).

Quel préavis pour rompre un contrat d’agent commercial ?

Pour un contrat à durée indéterminée, le préavis est d’un mois la première année, de deux mois la deuxième et de trois mois à partir de la troisième (art. L134-11 du Code de commerce).

Faut-il payer la commission à la commande ou à l’encaissement ?

C’est au contrat de le dire. La commission sur encaissé protège la marque des impayés et responsabilise l’agent sur le choix de ses clients ; la commission à la commande ou à la livraison lui assure un revenu plus rapide. En droit français, elle est acquise au plus tard quand le client a exécuté sa part de l’opération ou aurait dû le faire.

Sources

  1. Chapitre IV : Des agents commerciaux. (Articles L134-1 à L134-17) - Légifrance — Légifrance
  2. Directive 86/653/CEE relative aux agents commerciaux indépendants — EUR-Lex
  3. Intermédiaires du commerce : agent commercial, commissionnaire, courtier, apporteur d'affaires — Bpifrance Création
  4. Plus de deux tiers des commerçants indépendants du prêt-à-porter ont un chiffre d’affaires en baisse — Le Journal des Entreprises
  5. Le commerce du prêt-à-porter pèse 284 000 emplois et 92 milliards d’euros — Économie Matin

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